Montres

Rolex transforme l'essai de la grande poêle plus de 70 ans après

Rolex transforme l'essai de la grande poêle plus de 70 ans après
© Rolex

Le 15 septembre 2026, Rolex a présenté la Perpetual Padellone. Dans un boîtier de 39 millimètres en or Everose ou en platine, elle associe un calendrier complet annuel à saut instantané et une phase de lune, animés par un mouvement inédit, le calibre 7190, réservé à ce seul modèle. Trois ans après la 1908, la marque s’avance un peu plus loin dans un registre où on l’attend généralement moins, celui de la montre habillée à complication. Elle y réussit, et elle y réussit en restant fidèle à ce qu’elle est.

Le temps des petits pas

Rolex n’a pas toujours été la maison de la montre-outil. Entre 1949 et 1952, elle produit la référence 8171, un calendrier complet à phase de lune que les collectionneurs ont surnommé Padellone, la grande poêle, et dont Sotheby’s présentait encore un exemplaire en 2019. Les années 1950 changent la donne : avec la Submariner et l’Explorer, la montre-outil devient l’image de la marque.

La montre habillée n’a pourtant jamais quitté le catalogue. À la fin des années 1960, Rolex réunit ses modèles de ville sous le nom de Cellini, en référence à l’orfèvre florentin de la Renaissance : des boîtiers en or, hors de la famille Oyster, pensés pour le costume plutôt que pour l’expédition. Pendant plus d’un demi-siècle, cette ligne discrète a entretenu chez Rolex un savoir-faire et une clientèle que les montres-outils ne couvraient pas, et elle a servi de banc d’essai aux codes du classicisme maison. La refonte de 2014 installe la lunette à double niveau, cannelée à la base et bombée au sommet, que porte aujourd’hui la Padellone. En 2017, la Cellini Moonphase ramène la phase de lune chez Rolex, sur un disque émaillé bleu où la lune est en météorite, un principe que la Padellone reprend. En 2023, la Cellini quitte le catalogue au moment où la 1908 ouvre la collection Perpetual, qui en prend le relais.

La Padellone franchit l’étape suivante. La Sky-Dweller avait inauguré le calendrier annuel chez Rolex en 2012, mais dans une montre de voyage ; la Padellone l’installe dans la gamme habillée elle-même. La progression est lente, presque prudente, et elle ressemble à la maison : Rolex ne s’aventure sur un terrain qu’une fois l’outil industriel prêt à le tenir.

Le choix du nom va dans le même sens. Rolex reprend officiellement un surnom forgé par ses collectionneurs, et les en crédite ouvertement. Pour une marque qui pèse chacun de ses mots, le geste compte, et il dépasse de loin le clin d’œil : il affirme un lien avec eux et en fait le premier public de la montre.

Le 7190, un calibre à part

La place de la Padellone dans la hiérarchie des calendriers mécaniques est précise.

Courte parenthèse sur les différentes complications servant l’usage du calendrier : un calendrier simple ou complet affiche la date, parfois le jour et le mois, mais ignore la longueur des mois et réclame cinq corrections par an. Le calendrier annuel distingue les mois de trente et de trente et un jours et ne demande plus qu’une intervention, fin février. Le quantième perpétuel intègre en plus février et les années bissextiles, et n’appelle plus de correction avant 2100. Malgré le nom de sa collection, Perpetual désignant chez Rolex le rotor maison, la Padellone se range dans la deuxième catégorie : c’est un calendrier complet annuel. On peut y lire un choix délibéré, celui du point où la complication rend le plus de service pour le moins de mécanique.

Le 7190 a été, évidemment, entièrement développé et fabriqué par Rolex. Il dérive du 7135 présenté en 2025 avec la Land-Dweller, dont il reprend le système de régulation : échappement Dynapulse en silicium, spiral Syloxi, axe de balancier en céramique. Le spiral a reçu des spires épaissies pour tenir la fréquence de 5 hertz, la réserve de marche atteint environ 66 heures, et le calibre reste plus fin que la majorité des mouvements de la marque. Trente dépôts de brevet le protègent, dont deux lui sont propres.

Le calibre 7190 vu côté masse oscillante
Le calibre 7190 côté masse oscillante, ajourée et en or jaune. Réservé à la Padellone, il bat à 5 hertz et offre environ 66 heures de réserve de marche. © Rolex

Le calendrier annuel repose sur Haplos, un système inédit qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet. Il ne compte que deux composants ajoutés au mécanisme de date instantanée, un doigt entraîneur et un levier annuel, et la programmation des mois de trente et de trente et un jours est intégrée au dos du disque des mois, qui informe le levier du mois en cours. Le saut simultané et instantané de la date, du jour et du mois à minuit est couvert par une autre demande de brevet.

Disques du calendrier et disque de lune du calibre 7190
Dans le mouvement, les disques du jour et du mois surplombent le disque de lune émaillé bleu et ses deux lunes en météorite. © Rolex

C’est dans cette sobriété que la Padellone se reconnaît comme une Rolex. La réputation de fiabilité de la marque tient pour une large part à une forme de retenue : des mouvements qui n’empilent pas les difficultés, et qui s’en trouvent plus simples à entretenir dans la durée. La Padellone transpose cette discipline à une complication classique. Seules les années diront si le 7190 vieillit aussi bien que ses aînés, mais la marque s’est fixé la barre. Depuis 2026, sa certification Superlative Chronometer s’est enrichie de trois critères, la résistance au magnétisme, la fiabilité et la durabilité.

Le sport en habit de soirée

Une maison façonnée par la montre de sport peut-elle atteindre le raffinement qu’exige ce registre ? Rolex place elle-même la Padellone « à la frontière entre hommage à l’horlogerie classique et quête de performance », et c’est sur ce fil que la montre doit être jugée.

Le cadran tient la promesse classique. Son centre grené contraste avec un pourtour satiné où les quantièmes sont inscrits en noir, parcourus par une aiguille de date bleue terminée par un croissant de lune. Les guichets du jour et du mois, à 12 heures, répondent au disque de lune émaillé bleu, à 6 heures, dont la pleine lune et la nouvelle lune sont réalisées en météorite et portent chacune un visage. Les chiffres 3 et 9 et les index facettés sont en or, rose sur le cadran blanc intense de la version Everose, gris sur le bleu glacier du platine. L’ensemble est dense en informations et pourtant parfaitement ordonné, ce qui est le vrai test d’un calendrier complet.

Cadran de la Perpetual Padellone en or Everose
Le cadran blanc intense de la version Everose : centre grené, guichets du jour et du mois à 12 heures, aiguille de date bleue terminée par un croissant de lune, et à 6 heures le disque de lune émaillé. © Rolex

Le boîtier poursuit dans le même registre. À 39 millimètres pour 12,2 d’épaisseur, il reste dans les proportions d’une montre habillée, avec des cornes au galbe souligné par des arêtes légèrement chanfreinées. Le fond saphir découvre une masse oscillante ajourée en or jaune et des ponts ornés de Côtes de Genève dans l’interprétation propre à Rolex, où une fine rainure polie sépare chaque côte. La version Everose peut recevoir le bracelet Settimo, aux maillons de sept petites mailles polies et légèrement bombées, fermé par un Crownclasp invisible ; les autres déclinaisons reçoivent un alligator mat à doublure verte.

Fond saphir de la Perpetual Padellone
Au dos de la version Everose sur cuir, le fond saphir dévoile la masse oscillante en or jaune et les ponts décorés de Côtes de Genève à la manière Rolex. © Rolex

L’ADN de la maison reste pourtant lisible partout. La lunette à double niveau héritée de la Cellini signe Rolex au premier regard. La 8171 se fermait par un fond clipsé, quand la Padellone reçoit un fond vissé et une étanchéité garantie à 50 mètres. Son oscillateur repose sur des amortisseurs Paraflex. Rolex a construit une montre du soir avec les réflexes d’une montre de tous les jours.

Profil de la Perpetual Padellone sur bracelet Settimo
La lunette à double niveau, bombée et cannelée, le bracelet Settimo et, sur la carrure, l'un des correcteurs du calendrier. © Rolex

Haute horlogerie, vraiment ?

La Padellone fait-elle entrer Rolex dans la haute horlogerie ?

Rolex ne cache pas l’ambition : elle présente sa collection Perpetual comme une célébration de « l’art horloger le plus noble ». Sur le papier, la réponse existe d’ailleurs depuis 2016. Si la Fondation de la Haute Horlogerie, en publiant sa grille de critères, a rangé Rolex parmi les maisons historiques du domaine, le classement pèse moins que l’image dans l’esprit des connaisseurs. On associe la haute horlogerie aux maisons de complications, et Rolex à la Submariner.

La Padellone bouscule cette répartition. Le calendrier complet annuel à phase de lune appartient au répertoire classique de la haute horlogerie, et Rolex l’aborde avec un calibre dédié et des solutions protégées par des dépôts de brevet. La montre relève donc de la haute horlogerie par sa complication, sans en occuper le sommet. Sur le terrain des calendriers, le quantième perpétuel reste un cran au-dessus en technicité, et les calendriers séculaires plus haut encore. Rolex y revient par la marche la plus rationnelle. Il faudra du temps pour que le réflexe des amateurs suive, mais la voie est ouverte, et de bien belle manière.

La Perpetual Padellone au poignet
La Perpetual Padellone en or Everose sur alligator brun mat : 39 millimètres de diamètre pour 12,2 d'épaisseur. © Rolex

Ce que cela révèle

Ce lancement ne vise pas les volumes. Selon les estimations de Morgan Stanley et LuxeConsult, Rolex a vendu environ 1,15 million de montres en 2025, 2 % de moins qu’en 2024, année qui marquait déjà un repli, tandis que son prix moyen progressait de 6 % à près de 14 000 francs suisses. Ce serait, selon les analystes, la première baisse sur deux années consécutives depuis plus de vingt ans, et ils prévoient des volumes stables en 2026. La croissance de la marque passe désormais par la valeur, et une complication en or ou en platine en est l’expression directe.

Le mouvement de fond est plus lent, et plus significatif. Toujours selon ces estimations, Rolex représente près d’un tiers des ventes horlogères suisses en valeur, contre environ 7 % pour Patek Philippe. Le premier acteur du secteur grandit à petits pas sur un segment qui n’est pas son terrain naturel, celui-là même qui fonde le prestige des maisons de complications. La collection Perpetual n’a plus rien d’un à-côté. Rolex n’a rien annoncé pour la suite, mais la frontière entre la marque la plus vendue et les spécialistes des grandes complications devient poreuse.

Reste une inconnue, et elle tient à ce qui fait la force de la Padellone. Gravir les marches suivantes, celles du quantième perpétuel ou d’autres grandes complications, supposerait d’accepter une densité mécanique que Rolex a jusqu’ici tenue à distance. Toute la question est de savoir jusqu’où la maison pourra monter en complexité sans renoncer à la sobriété qui fait aujourd’hui la réussite de cette montre.

Sources : Rolex, Newsroom, Perpetual Padellone, septembre 2026
Rolex, page du calendrier Saros de la Sky-Dweller (rolex.com)
Fondation de la Haute Horlogerie, Livre blanc de la haute horlogerie, 2016, et fiche Rolex (hautehorlogerie.org)
Morgan Stanley et LuxeConsult, rapport Swiss Watcher, février 2026
Sotheby’s, vente Important Watches, 2019, lot 128, référence 8171.

Carte d'identité
Rolex
Perpetual Padellone
Réf. 53505 (or Everose) · 53506 (platine) · présentée en septembre 2026
jour et mois,en anglaislune en météoritela date, parl'aiguille bleue4 correcteurssur la carrure
Boîtier
39 mm, 12,2 mm d'épaisseur, fond saphir, étanche à 50 m
Mouvement
Calibre 7190 automatique, 5 Hz, environ 66 h de réserve de marche
Complication
Calendrier complet annuel instantané (système Haplos) et phase de lune, une correction par an, fin février. Pas un quantième perpétuel, malgré le nom
Précision
2 secondes par jour au plus, en avance ou en retard
Cadrans
Blanc intense sur or Everose, bleu glacier sur platine
La lignée
  1. 1949Réf. 8171, la première « Padellone »
  2. Fin 1960Naissance de la ligne Cellini
  3. 2012Sky-Dweller, calendrier annuel
  4. 2017Cellini Moonphase
  5. 2023Perpetual 1908
  6. 2026Perpetual Padellone
Trois versions prix publics en euros · relevés le 17/09/2026
Or Everose, cuir brun
Or Everose, cuir brun58 300 €
Platine, cuir noir
Platine, cuir noir65 500 €
Or Everose, bracelet Settimo
Or Everose, bracelet Settimo71 900 €
Face à calendriers annuels à phase de lune · prix publics relevés le 17/09/2026
DiamètreRemontagePrix public
Rolex Perpetual Padellone39 mmautomatique58 300 €
Patek Philippe 5396R38,5 mmautomatique63 100 €
A. Lange & Söhne 1815 Annual Calendar40 mmmanuel55 300 €

Sources : fiche de présentation Rolex, septembre 2026 ; patek.com (réf. 5396R-016) ; alange-soehne.com (réf. 238.026). Prix en euros : Rolex et Patek Philippe recoupés sur plusieurs sources, A. Lange & Söhne relevé chez un détaillant officiel allemand. Les prix peuvent varier légèrement selon le pays de la zone euro.

Recherches et rédaction assistées par Claude Code.

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